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Les fils de Cindy et Amélie sont scolarisés à l’école Balzac de Saint-Aygulf (Var) et ne sont plus aidés par une Accompagnante d’Enfant en Situation de Handicap (AESH). Une situation qui exaspère les mères de familles.

« Je n’ai plus la force mais je me bats pour que le handicap de mon fils soit reconnu et qu’il évolue dans de bonnes conditions », souffle Amélie, éreintée. Elle tient le dossier Geva-Sco (évaluation scolaire des enfants handicapés) de son fils entre les mains. Elle le feuillette, désabusée : « Tout y est dit : Naël est en moyenne section de maternelle et a tout juste le niveau d’un élève de petite section. Il ne reconnaît pas son prénom, a du mal à comprendre les consignes en cours. Il a impérativement besoin d’un accompagnant, sinon c’est l’échec assuré ».

Son garçon de quatre ans présente un retard de langage et un handicap psychomoteur qui entravent son apprentissage. Il n’est « ni autiste, ni hyperactif. Il n’entre dans aucune case et c’est encore plus dur pour nous ».

Si Naël bénéficiait de l’aide d’une AESH à raison de neuf heures par semaine pendant sa première année d’école en 2020-2021, il est aujourd’hui livré à lui-même. « J’avais fait mon dossier et reçu une notification MDPH en 2020. Naël a été aidé jusqu’en septembre dernier. L’AESH qui lui avait été attribuée a été mobilisée pour s’occuper d’une autre élève jugée prioritaire cette année »détaille la Fréjusienne.

Cette accompagnante avait permis à Naël de gagner en autonomie et en sociabilité. Depuis, son niveau régresse: « il décroche. Et s’il n’a personne avec lui, il finira par détester l’école ».

Kaelan, 3 ans, est dans la même situation que son camarade. Il présente un albinisme cutané et oculaire. « Il voit très peu et aurait besoin d’une aide à la lecture. Il faut aussi le surveiller dans la cour de récréation et lui mettre sa crème solaire, son t-shirt anti-UV, sans lesquels il risque une brûlure au deuxième degré », détaille sa mère Cindy, 35 ans. Mais là encore, difficile d’obtenir gain de cause. Depuis ce début d’année scolaire, son fils doit se débrouiller seul quand son institutrice ou l’Atsem ne sont pas disponibles. « La référente handicap du secteur m’a suggéré de solliciter l’agent d’entretien de l’école pour le surveiller, c’est absurde. J’hésite à arrêter de travailler pour m’occuper de Kaelan. Je n’ai pas les moyens, mais je le ferai pour lui. Je ne veux pas qu’il soit déscolarisé. L’école contribue à son développement ».

Pour l’instant, les deux mamans luttent encore : courriers à l’Inspection Académique, au Ministère de l’Éducation Nationale. Elles ont l’intention de saisir le tribunal administratif en référé. « J’aimerais que le ministre de l’Éducation nationale ouvre les yeux. Vouloir inclure les élèves handicapés dans les classes avec leurs camarades, c’est bien. Mais encore faut-il avoir les moyens de le faire, martèle Cindy. Aujourd’hui, cette mesure a l’effet inverse, au lieu d’être intégrés, ces enfants se sentent encore plus différents ».

Les besoins s’accentuent

Aurélie Salel, directrice de l’école, reconnaît avoir constaté une augmentation des notifications MDPH depuis quelques années, alors que le nombre d’AESH disponibles lui, baisse. Aujourd’hui, 2 élèves sur 6 n’ont pas d’accompagnant au sein de son établissement : « Nous faisons avec les moyens que nous avons. Dès qu’un enfant avec AESH est absent, nous demandons à sa tutrice de s’occuper d’un autre élève », regrette la responsable. Mais l’enseignante n’a « aucun pouvoir décisionnel ».

En revanche, elle fait remonter ces problèmes à un enseignant référent du Pôle Inclusif d’Accompagnement Localisé (PIAL) qui s’adressera, par la suite, à la Direction des Services Départementaux de l’Education Nationale du Var (DSDEN). Franck Jean, directeur de l’école élémentaire des Eucalyptus, quartier de Villeneuve, était référent PIAL de plusieurs écoles fréjusiennes cette année, dont Honoré-de-Balzac. Selon lui, au moins 5 élèves en situation de handicap sur 20 n’ont pas d’AESH dans le secteur, malgré leur notification MDPH. « Certains enfants ont des handicaps assez lourds. C’est aussi difficile pour les enseignants qui ne sont pas assez formés à épauler ces élèves », relate-t-il.

Pour lui, une revalorisation financière et une meilleure reconnaissance du métier d’accompagnant permettraient d’encourager le recrutement de ces agents contractuels. Actuellement, ces derniers ne travaillent qu’en moyenne 20 h par semaine pour environ 800 euros par mois et revendiquent aussi une formation nécessaire pour connaître et s’adapter aux différents handicaps.

Crédit photo et interview : Var Matin.

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