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Épisode terrible de notre Histoire passé sous silence : les 45.000 personnes handicapées ou malades mentales mortes de faim et d’isolement dans les hôpitaux psychiatriques français durant la Seconde Guerre mondiale.

Selon un rapport de l’historien Jean-Pierre Azéma, environ 45.000 personnes internées dans les asiles français sont mortes de faim, de froid et d’absence de soins entre 1940 et 1945.

Exterminés en Allemagne car jugés « inutiles » et « faibles » par le régime d’Hitler, « ils sont morts dans l’indignité et l’oubli », déplore le psychiatre Max Lafont. Selon lui, « il faut continuer à militer pour que cette page de l’histoire soit inscrite dans les manuels scolaires ».

Charles Gardou, anthropologue, et Jean-Marc Maillet-Contoz, créateur du magazine Handirect, ont crée une pétition pour que la France exige un mémorial en l’honneur des personnes handicapées victimes du régime nazi et de Vichy. « Un pan de notre histoire avait été oublié, il fallait reconnaître ce passé et donner un signe au présent », explique-t-il en évoquant une « société tentée par la hiérarchisation des vies : les unes anodines car fragilisées par la maladie ou le handicap, les autres, éminentes, choyées et célébrées… ».

Le 10 décembre 2016, à l’occasion de la journée internationale des droits de l’Homme, le Président François Hollande a rendu hommage aux 45.000 personnes handicapées ou malades mentales mortes de faim et d’isolement dans les hôpitaux psychiatriques français durant la Seconde Guerre mondiale. Il a prononcé à l’occasion un discours particulièrement émouvant.

Crédit photo : Le Figaro.

« Nous sommes rassemblés pour rendre à la lumière des existences sur lesquelles la société avait préféré « jeter l’éteignoir ». Des femmes, des hommes qu’une maladie mentale, qu’un handicap avait relégués dans des asiles, des hospices, des hôpitaux et qui sont morts, il y a plus de 70 ans, dans un isolement complet, épuisés par le froid, la faim et les maladies.

Nous leur rendons hommage en ce jour, le 10 décembre, qui marque l’anniversaire de l’adoption il y a 68 ans exactement de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme dans ce même palais de Chaillot. C’est la symbolique que nous voulions donner à cette manifestation.

Cette cérémonie nous rappelle le prix exorbitant que les civils ont payé durant la Seconde Guerre mondiale, victimes des persécutions, des destructions, des privations, 300 000 dans notre pays. Les personnes hébergées en institution furent particulièrement exposées, et ce sont les pensionnaires des hôpitaux psychiatriques qui ont été les plus touchés.

Entre 1939 et 1942 – l’année la plus terrible – le taux de mortalité a triplé dans ces établissements. La mort a frappé alors un pensionnaire sur quatre. Nous avons entendu les témoignages des familles, des médecins qui étaient eux-mêmes choqués par la détresse des naufragés.

Entre 1940 et 1945, 45 000 personnes sont décédées, victimes de ces privations, d’un gouvernement inféodé à l’occupant, mais aussi d’une société qui n’avait pas su voir le drame qui se nouait là et qui n’avait pas pu l’empêcher.

Cette hécatombe n’a pas été voulue, n’a pas été planifiée, n’a pas été exécutée comme le massacre des personnes handicapées par le régime nazi, entre 1939 et 1945. Non, cette hécatombe est arrivée par l’indifférence, par l’oubli, par l’ignorance.

L’hommage que nous rendons aujourd’hui aux personnes handicapées ou malades, abandonnées sous l’occupation nous rappelle à notre premier devoir, notre devoir de vigilance face aux souffrances qui ne se voient pas, aux victimes que l’on n’entend pas, aux douleurs auxquelles on ne pense pas. Une société, la nôtre  parce que nous portons un idéal – est une société qui n’oublie aucun des siens et dont l’attention aux autres est la première exigence. L’existence d’institutions spécialisées n’y changera rien, car c’est à nous, à chacun de nous, d’assumer cette responsabilité. Cette responsabilité a un nom dans la République, elle a un mot dans la devise de la République, c’est le mot de fraternité. »

Des artistes reconnues comme la sculptrice Camille Claudel et la peintre Séraphine de Senlis ont figuré au nombre de ces victimes. François Hollande a également dévoilé une plaque dédiée aux victimes sur le Parvis des Droits de l’Homme à Paris.

En 2018, le journaliste Franck Seuret a réalisé un documentaire sur ce terrible pan de notre Histoire qu’il a intitulé La Faim des fous. Le documentaire est intégralement visionnable en ligne :

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